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 Informations de la CARMF n°60 - décembre 2012 

 

 

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La médecine libérale : le naufrage ?

 

Il était une fois un beau pays avec des habitants heureux. Ils avaient entre autres, les meilleurs médecins du monde, qu’ils aimaient et respectaient. Tous avaient accès aux soins, les remboursements étaient excellents et tous avaient les moyens de payer. Les rares exceptions étaient soignées gratuitement sans que personne ne le demande. L’ensemble fonctionnait mieux et moins cher qu’ailleurs.

Le malheur est que cela fonctionnait trop bien, surtout en toute liberté. Ce n’était pas supportable pour la nouvelle classe de politiques et ses conseillers, tout droit sortis de grandes écoles sans passer par la case terrain et travail. Ils se sont mis dans la tête d’organiser, de planifier, de contrôler le nombre de médecins, leurs tarifs, leurs prescriptions, etc. Rien n’est laissé au hasard. Ils n’avaient qu’un maître, Bismarck, qui expliquait que pour contrôler le peuple, l’asservir, il fallait le rendre dépendant.

Résultat : la médecine libérale fait naufrage entraînant avec elle le système. Devoir suivre des protocoles, ne plus être libre de ses actes et de ses prescriptions, n’est plus une médecine libérale. Une rémunération à l’acte bloquée au profit de forfaits, de subventions, de primes au rendement et à la paperasse, ce n’est plus une médecine libérale. Est-on encore libéral quand on ne maîtrise plus que ses heures de travail ?

En 1980, on avait compris que pour pouvoir continuer avec le système, pour que les médecins puissent continuer à fournir des prestations de qualité, il fallait, au lieu de subventionner, avoir la possibilité de dissocier le contrat assureur-assuré, c’est–à-dire dissocier le tarif de remboursement de la valeur de l’acte médical, deux choses différentes qui évoluaient différemment. On a pour cela créé le secteur 2.

Dix ans plus tard, en acceptant d’abandonner la liberté, nous avons gagné la servitude. Un libéral n’a pas de chaîne, un esclave, si. Le premier bracelet a été scellé en 1990-1992 avec la fermeture du secteur 2, protecteur du secteur 1. J’avais protesté à l’époque, expliquant que le meilleur moyen d’empêcher le passage de médecins du secteur 1 au secteur 2 n’était pas la fermeture, mais la revalorisation des actes en secteur 1.

Résultat : pour garder les médecins en secteur 1, il n’y a plus besoin de revaloriser l’acte qui est devenu, de loin, la prestation de service la plus basse, faisant ainsi rétrograder la place du médecin dans la hiérarchie de notre société.

Chaque nouvelle convention a apporté son maillon, et le second bracelet vient d’être posé. Je croyais qu’il restait toujours une petite issue de secours, et qu’avec la pénurie ou si les choses s’aggravaient, vous pourriez passer hors convention. Je n’étais pas le seul, malheureusement, à le penser. Il faut connaître les vrais motifs de la dernière mascarade médiatico-conventionnelle sur les dépassements d’honoraires excessifs qui ne coûtaient rien à l’assurance maladie.

Pour cela, il faut suivre l’explication de texte faite par le directeur de la CNAMTS devant la commission des affaires sociales du Sénat le 6 novembre 2012 : «... j'ai suggéré, lors des négociations, que le déconventionnement s'accompagne de l'arrêt du remboursement du groupement homogène de séjour (GHS) correspondant, afin d'éviter la fuite vers le secteur 3 […] [Il faut] faire [en sorte] qu'un praticien exerçant dans un établissement conventionné ne puisse plus produire lorsqu'il a lui-même été déconventionné, sauf à se salarier… ou exercer en secteur 1 ». Outre pour discréditer l’ensemble du corps médical, c’était pour fermer la dernière porte vers la liberté et aussi permettre aux mutuelles, encore dispensées de la transparence financière pourtant imposée à tous les acteurs de la santé, d’aggraver et de profiter des contraintes conventionnelles, sans pour autant apporter leur obole à l’ASV !

Même la pénurie de médecins a été planifiée en diminuant l’offre pour diminuer la demande. Échec total car le nombre de médecins diminue dangereusement tandis que les dépenses continuent de croître. Pire, on va vers une catastrophe sanitaire dans les six à huit ans, sans commune mesure avec les problèmes ponctuels actuels. Qui est responsable ? Les médecins, bien sûr, qui ne veulent pas aller travailler là où il en manque ! Gageons qu’ils vont encore planifier cela.

Pour que les hommes se laissent assujettir, il faut les contraindre ou les tromper. Les médecins ont été dragués, séduits, trompés. Pour quelques désagréments, on leur a promis une belle retraite qui fond à vue d’œil pendant que les désagréments poussent comme de la mauvaise herbe. On les a montés les uns contre les autres, généralistes contre spécialistes, secteur 1 contre secteur 2, alors que tous sont complémentaires. Résultat : ils dépriment, se sentent mal aimés, se suicident.

Les patients aussi ont été trompés. On les a rendus dépendants, on a modifié leurs priorités, leurs valeurs. On les pousse à jouer des milliards au Loto à grand renfort de publicités pour remplir les poches de l’État. Ils ont les moyens de dépenser près de 1 000 € par an en tabac, encore autant pour acheter un portable pour toute la famille dès le primaire, mais on leur explique qu’ils n’ont pas à sortir quelques dizaines d’euros pour des honoraires médicaux décents et pour avoir une médecine de qualité, car les médecins sont considérés comme des profiteurs de la Sécurité sociale. Ce n’est plus aux patients de dire merci pour vos bons soins, mais à vous de leur dire merci de vous faire vivre.

La CARMF s’inquiète de cette situation. En 10 ans les retraités ont augmenté de 76 % alors que les cotisants régressent. Avec des jeunes qui aspirent au salariat, des remplaçants libéraux qui le demandent, des jeunes internes qui remplissent des dossiers pour partir à l’étranger, comment faire nos projections ? Avec des survivants déprimés, que personne ne plaint ni ne ménage, comment doit-on agir ? Il y a trente ans, devenir médecin libéral était une vocation, un rêve. Les vocations ont été écrémées par les numerus clausus, empêchant nos enfants de faire médecine. Et maintenant, on rêve d’être salarié. Chaque négociation se termine par des «avancées », masquant des reculades. Résultat : l'Ordre ne compte plus que 15 % d’étudiants se tournant vers la médecine libérale pour leur première inscription, 15 % de futurs cotisants sur 100 % possibles ! Quel gâchis !

Les brillants planificateurs n’ont plus de solution, plus personne ne pilote réellement le navire, on gère au jour le jour. Les médecins donnent l’impression de subir, d’être sur un radeau à la dérive, sans savoir où le vent les mène.

Ces réflexions ne plairont pas à tous. J’en conviens et j’en suis sincèrement désolé. On va encore dire que cela ne me regarde pas, mais en quoi un médecin libéral n’aurait-il pas le droit de s’inquiéter de l’évolution de sa profession ? Un des devoirs de la CARMF n’est-il pas de veiller à la démographie ? S’il y a des problèmes, elle doit s’en inquiéter, en rechercher les causes, et si elle le peut, proposer des solutions. Le naufrage de la médecine libérale a des causes multiples, certaines ne doivent pas être occultées, question de survie.

Et si on revenait aux conventions de 1980-90, au temps ou tout le monde était heureux, bien soigné et pour moins cher, car nous étions responsables et libres ?

 

Dr Gérard MAUDRUX

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