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Informations de la CARMF n°67 - Décembre 2019

 

  Informations de la CARMF n°67 - Décembre 2019 

 

 

Colloque

ColloqueColloque 2018 - M. Bozio

Réforme des retraites. Et maintenant ?
L'avis des experts

Pour le colloque, la CARMF a demandé à deux économistes de donner leur point de vue sur cett e réforme de façon totalement autonome, afin de pouvoir se faire une idée de son impact non seulement sur les médecins, mais sur la société et sur les retraites en général.

 

Portrait intervenantChristian Saint-Étienne est docteur d’État en sciences économiques et titulaire de deux Masters en économie (London School of Economics et Carnegie Mellon University). Il a travaillé au FMI et à l’OCDE et enseigné à Paris-Dauphine et Sciences- Po Paris. Dernier livre : « Trump et Xi Jinping, les apprentis sorciers » aux Éditions de l’Observatoire (novembre 2018).

 

La réforme des retraites est un sujet difficile, car celle qui est proposée est une réforme systémique. Nos régimes actuels ont été construits en 70 ans et on souhaite créer un nouveau régime pour au moins 70 ans.

 

Je pense que cet aspect-là n’est pas suffisamment pris en compte, on nous présente une réforme technique, on ne prend pas en compte les aspects politiques et sociaux. Je pense que vous faites une erreur en pensant que le régime à points universel est une bonne chose, parce que vous venez d’un tel système.

 

Parce qu’un régime à points dans un régime fermé dont vous contrôlez les cotisations, les prestations et dont vous gérez les réserves, ça n’a rien à voir avec un régime à points universel.

 

Dès que vous dites oui au régime universel, oui au régime par points, vous êtes dans la nasse, et ce pour 70 ans.

 

Il faut donc prendre du recul, et se demander si, au fond, on ne nous fait pas rentrer dans une analyse financière et comptable, alors qu’il faut en réalité avoir une analyse politique et sociale.

 

Ce que la réforme propose réellement, c’est uniquement de passer de la répartition en annuités à de la répartition en points.

 

Ensuite, la réforme impose un gestionnaire unique, mais qui sera ce gestionnaire du système unique de retraite ? Cela crée de fait un régime qui est manipulable, dans 30 ans, dans 40 ans.

 

Si dans 20 ans, 30 ans, 40 ans, il y a une crise colossale des finances publiques, et si, du jour au lendemain, on vous dit qu’il n’y a plus d’argent, la valeur du point est divisée par deux, que pourrez-vous faire ? Quand on crée un système unique à points avec un seul gestionnaire qui est un des pires gestionnaires des finances publiques d’Europe depuis 50 ans, on se prépare à des désillusions potentiellement massives à moyen terme.

 

Et puis, dans ce futur régime, est- ce que le rendement sera de 5,5 %, ou de 4,95 % ? On va découvrir d’ici 5 ans que c’est peutêtre 3,88 % et s’il y a une crise financière ce n’est peut-être que 2,60 %, ce n’est pas tout à fait transparent. Nous avons actuellement un système social que l’on veut faire basculer en système financier.

 

Nous avons un système transparent et on veut en faire un système opaque.

 

Je dirais également que le régime actuel est social et politique, puisqu’il permet un certain niveau de redistribution. C’est vous qui contrôlez la valeur du point, au jour le jour. Vous savez exactement à l’euro près ce que vous avez dans vos caisses.

 

Là, vous allez confier tout ça à quelqu’un qui est actuellement sur les bancs de l’école, avec des idées dans vingt ans qui ne sont pas forcément les vôtres aujourd’hui ? Je dirais, au fond, que ce régime universel, que l’on nous présente comme une évidence, n’en est pas une.

 

 

 

Portrait intervenantFrédéric Bizard est économiste, spécialiste des questions de protection sociale et de santé. Il est expert depuis 2015 auprès du Sénat sur les questions de protection sociale. Il a créé en avril 2018 l’Institut Santé, organisme de recherche destiné à rendre possible une refondation de notre système de santé. Il a publié en 2017 : « Protection sociale : pour un nouveau modèle » aux Éditions Dunod.

 

Sur le principe, cette réforme est nécessaire car ce qui tuera les systèmes de protection sociale ce ne sont pas les réformes systémiques, c’est le statu quo.

 

On peut s’opposer au projet de Delevoye, sans s’opposer à la volonté politique de Macron, qui a quand même été élu démocratiquement en défendant ce projet.

 

Première question : est-ce que c’est un bon système de retraite que l’on nous propose ? C’est quoi un bon système de retraite ? Un système de retraite cela sert à une seule chose : à protéger les gens, comme un système de santé, comme un système d’assurance chômage. Et à les protéger contre quoi ? Contre la paupérisation lorsqu’on a plus de revenu, parce que l’on ne travaille pas. Donc est-ce que ce projet de retraite est plus efficace pour protéger les gens en matière de pouvoir d’achat par rapport à une cessation du travail du fait de la vieillesse ? D’après les estimations de la CARMF, vous perdrez 30 % de pouvoir d’achat avec ce système.

 

Deuxième question : est-ce que la gouvernance politique proposée est moderne, en cohérence avec le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Il est mieux de faire participer les acteurs, les citoyens à un certain nombre de décisions, plutôt que de rester dans une verticalité et une centralisation historique. C’est ce que l’on appelle la démocratie sociale et je vois mal comment les systèmes de protection sociale vont pouvoir en faire l’impasse. Mais la gestion qui est proposée pour ce nouveau système est quand même difficile à défendre.

 

Troisième question : est-ce que c’est un projet qui permet la survie de l’exercice libéral ? Sans dire que ce projet tue l’exercice libéral, il l’affaiblit très sérieusement, c’est une vérité que vous avez le droit quand même d’affirmer et qui doit faire partie, à mon avis, d’un des arguments tout en haut de la liste des revendications. Si l’on veut être politiquement correct dans le secteur de la santé, il faut dire que l’avenir c’est le salariat, mais également moins de médecins et plus de paramédical… Le problème, c’est que l’on a fait les mêmes erreurs, avec des gens très sérieux, qui défendaient ces mêmes réflexions il y a vingt ans et qui ont conduit à toutes les difficultés que l’on a aujourd’hui pour le système de retraite des médecins et pour le système de santé.

 

Aujourd’hui, en tant que professionnel de santé, avez-vous un intérêt à changer de régime pour un autre qui serait plus performant ? La réponse est non.

 

Lorsque vous regardez la démographie, 55 % des cotisants à la CARMF ont 55 ans ou plus, alors qu’en France, ce sont 16 % des actifs qui ont plus de 55 ans. La CARMF a donc un ratio démographique particulièrement défavorable. Cela veut aussi dire qu’elle est bien placée pour prendre la parole en matière de capacité à pouvoir conserver les régimes autonomes.

 

Faire croire que l’État va piloter 25 ans de la vie des gens, c’est quand même une idée assez stalinienne, en tous les cas très curieuse dans une démocratie à la française. C’est évidemment une aberration et s’il faut s’opposer à cette version-là, c’est pour le coup, vraiment dans l’intérêt général. Cela ne pourra pas marcher.

 

Retour en images sur leurs interventions lors du colloque "Réformes des retraites. Et maintenant ?".

 

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